Article paru tel quel (eh oui, on était nul en orthographe - et on l'est toujours d'ailleurs) dans Le Virus Informatique n°2 (mai 1997)

Témoignage d'une victime qui préfère garder l'anonymat : « si Hebdogiciel était encore là, jamais je n'aurais acheté de lecteur CD-i ! »

Hebdogiciel: 10 ans après leur crime les coupables témoignent!



En 1987, le magazine informatique le plus apprécié de tous les temps disparaissait. Comme ça du jour au lendemain et sans prévenir, laissant des milliers de lecteurs dans la plus grande tristesse. Cela ne pouvait plus durer. Nous avons décidé de retrouver les (ir)responsables pour leur demander comment ils avaient pu nous abandonner aussi lâchement alors que le petit monde de l'informatique avait encore tant besoin d'eux. En fait, ils étaient parmi nous et nous ne nous en étions pas aperçus malgré les avertissements répétés de David V.


Michel Desangles
Carali
Cyrille Baron
Stéphan Schreiber
Gérard Ceccaldi




Le premier que nous avons réussi à retrouver est Michel Desangles. Facile, son nom apparaît dans les magazines PC Live, PC Soluces et PlayMag édités par Cyber Press Publishing, société dont il est PDG. Alors que je parlais avec lui au téléphone, je m'attendais à tomber sur un vieu barbu ridé. Pas du tout, c'est un jeune imberbe apparemment à peine plus âgé que moi qui m'a accueilli.

Virus: quel était ton rôle chez HHHHebdo ?
M.D.: je suis arrivé au numéro 20 ou 30. Donc 6 mois après la naissance de l'hebdo. Au début, je faisais des listings, très rapidement je me suis mis à écrire, faire des enquêtes. Et puis, je suis devenu rédacteur en chef adjoint. On faisait un duo d'écriture avec Gérard.
Virus: vos méthodes de travail, c'était quoi ?
M.D.: le bordel le plus total, le chaos. En plus, l'ambiance était moyennement bonne, parce que il y avait beaucoup de gens qui travaillaient au journal et qui avaient un petit peur des risques que l'ont prenait en dénonçant des tas de gens, en ayant des procès avec un peu tout le monde, etc. Si ce n'est pas quelque chose que tu choisis de faire toi, qu'on te met dans une boite et qu'on te dit « cette boite tout le monde la déteste, ou lui en veut, on essaie de la faire taire », c'est complètement stressant. Donc la méthode, c'était chacun tire dans son coin, essaye de tirer le plus fort possible, et voilà.
Virus: apparemment personne n'a eu de ses nouvelles depuis longtemps de votre chef, Gérard Ceccaldi. Et toi ?
M.D.: Oui, bien sûr, je le vois régulièrement, moins parce qu'il habite en province. On était assez pôtes, déjà à l'époque, et donc on l'est resté. Mais lui, il ne donne pas son numéro de téléphone, il joue à autre chose, cela ne l'intéresse plus. Ce n'est pas quelqu'un de sociable Ca se voit d'ailleurs à Hebdogiciel. Hebdogiciel, comme le Virus Informatique, c'est fait par des gens, quand même, dont on peut dire pour le moins, c'est qu'ils n'aiment pas la société. Il y a ça de commun entre les deux, c'est qu'on voudrait corriger les erreurs que fait la société, que font les grosses boites, les gens qui ont prise sur les acheteurs de base, etc. Et donc, Ceccaldi, il n'est pas sociable. Cela dit, moi non plus, je ne suis pas le genre à aller dans les cocktails, à montrer ma gueule.
Virus: effectivement, nous ne somme allés à aucune conférence de presse (cocktail) depuis le début...
M.D.: voilà, et puis en plus ça a un autre avantage. Moins tu te montres, plus tu peux être honnête. C'est à dire quand je dis tel truc, je ne connais pas l'éditeur, je ne connais pas le fabriquant, j'en ai rien à foutre, c'est de la merde, je le dis. Alors que si c'est un pôte, le fabricant, déjà tu es dans la merde, tu commences à utiliser des formules du genre, « Ce n'est peut-être pas aussi bien qu'on eu pu l'espérer ». Tu vois, le compromis commence. Donc pour se protéger du compromis, il faut se protéger du contact avec les gens dont tu parles.
Virus: dans Hebdogiciel, il y avait quelques publicités. Cela n'était pas gênant ?
M.D.: il y avait par exemple la règle à Calcul, qui était un des premiers magasins sur le créneau micro-informatique. Il nous prenait une demi page par semaine, en échange de quoi on avait le droit de dire ce que l'on voulait sur eux. On ne s'est pas gêné pour leur taper dessus quelque fois, parce que effectivement Gérard Ceccaldi, était en « bon terme » avec le mec de la règle à calcul, et donc c'était un deal qu'ils avaient trouvé. Une demi page de pub, il payait, et nous, on n'était pas lié, on n'était pas obligé de dire du bien, etc.
Virus: les éditeurs nous ignorent. Vous avez connu ça ?
M.D.: en fait c'est un canard qui devient clandestin au bout d'un moment. Les attachés de presses ont peur que tu les descendes. Sachant qu'en général tu les descends parce qu'il n'y a pas de produits parfaits, il n'y pas de trucs parfaits. Au bout d'un moment, il n'y a plus d'info. T'as finis par couler tout le monde, par taper sur tout le monde, etc. Plus personne n'est à l'abri, même tes propres informateurs. Ce n'était plus possible de continuer comme ça, alors on a arrêté.
Virus: vous êtes partis du jour au lendemain...
M.D.: on a décidé ça en deux jours, peut-être trois semaines avant la fin. En fait, on voulait l'annoncer dans le dernier numéro. Mais ce n'est pas possible pour des raisons idiotes. Si tu l'annonces dans le dernier numéro que tu arrêtes, l'imprimeur va bien voir la couv'. Jamais, il ne va t'imprimer 100 000 exemplaires marqués « on arrête ». Parce que pour lui ça veut dire, « je ne serais pas payé ». Donc on n'a pas pu le dire franchement, mais dans le dernier, ou l'avant dernier, on avait fait une couverture où il y avait pleins d'allusions cachées, du genre pleins de chose sur la mort, la maladie. Des petits gags qui étaient dissimulés, en fait, qui disaient qu'on allait arrêter, et que personne n'a vu, parce que c'était fait pour être dissimulé.
Virus: tu parlais de problèmes dans l'équipe, l'équipe était composée de combien de personnes ?
M.D.: à la fin 40. 40 parce qu'ils y avaient eu des déclinaisons, il y avait eu le club Hebdogiciel, qui était un club de vente par correspondance où on cassait les prix en achetant des K7 de jeux un peu partout en Europe. Ca occupait 5, 6 personnes. Il y avait Amstrad Hebdo aussi, qu'on avait lancé. Amstrad Hebdo, c'est un truc rigolo parce que, on s'était dit, justement, 6 mois avant la fin « Hebdogiciel ça commence à être dur, et en plus, il y a toute une frange du public qui ne nous aime pas, parce qu'ils trouvent qu'on est trop rentre-dedans, et on va les récupérer par derrière, on va faire Amstrad Hebdo ». On tapait tout le temps sur Amstrad dans Hebdogiciel. Amstrad Hebdo était exactement pareil, hebdomadaire, même format, etc, mais on y écrivait d'une manière gentille, pas de gros mots, pas de vulgarité, « tous les softs y sont beaux », etc. On a fait ça six mois, ça nous a fait marrer comme des baleines.
Virus: des journalistes, il y en avait combien ?
M.D.: on devait être 4 ou 5.



Virus: plus des pigistes ?
M.D.: non aucun pigiste, tout en interne. On n'a jamais pris de papiers extérieurs.
Virus: en général, quand un journal d'informatique paraît et disparaît, ça ne fait pas de vagues. Hebdogiciel, 10 ans après, les gens s'en souviennent encore. Pourquoi ?
M.D.: Tu verras le Virus dans 10 ans. Ca fera pareil. C'est normal, pour une fois t'as un truc qui change un peu les choses. HHHHebdo est un truc qui a bougé un peu les choses à un moment, qui a essayé de prendre la défense de nous les petits, les acheteurs, les consommateurs. Donc c'est vrai que ça a laissé un souvenir impérissable dans les mémoires. Mais il faut voir qu'il y a d'autres journaux, que nous considérons comme des journaux de merde inféodés au grand capital et qui sont très admirés par le grand pas capital, qui s'en souvient avec tendresse, et avec émotion probablement. Alors que toi, tu regardes ça, t'as l'impression, que c'est quasiment que de la pub, de la pub, du lèche cul, du lèche cul. Et des mecs disent « non, c'est très très bien ». Ca dépend des milieux.
Virus: j'ai été faire un petit tour sur Internet et il y a beaucoup de gens qui disent « Ah, je regrette le temps d'Hebdogiciel ».
M.D.: Ce n'est pas qu'Hebdogiciel qu'ils regrettent, mais « le temps d'Hebdogiciel ». Le temps où il y avait plein d'ordinateurs différents, où il fallait que tu bidouilles, à l'intérieur de ton truc. Alors aujourd'hui t'achètes un PC, ou un Mac, tu passes soit par Bilou, soit par Steve Jobs, t'as des logiciels qui coûtent 8 000 francs, t'as des gros manuels. Déjà il n'y a pas de bidouillages, ce n'est pas du plaisir, c'est la différence qu'il y a entre monter un avion en modèle réduit, et en acheter un déjà tout fait. C'est ça qu'ils regrettent les gens, c'est le bon temps où eux même s'éclataient, découvraient quelque chose qui était extraordinaire. En réalité, Hebdogiciel, tu demandes à n'importe qui de citer n'importe quel article, il n'y a rien qui surnagera.
Virus: après la liberté totale chez de l'HHHHebdo, c'est pas trop difficile maintenant chez Cyber Press en tant que directeur ?
M.D.: j'ai craché mon message, je suis content et j'ai plus rien à dire. Par exemple, Gérard était le directeur de la publication, civilement responsable. Il ne me censurait jamais. A un moment, j'ai eu une période où j'en ai mis de plus en plus dans les textes, pour voir s'il allait réagir. Par exemple, j'ai publié une histoire où il y avait blanche neige qui se faisait sodomiser par le loup, des trucs complètement horribles, des tripes, du sang, du sexe, condensés dans un bidouille grenouille. Il a lu ça « ouais, Ok c'est bon ».
Je suis un peu frustré de temps en temps, mais en réalité je dis quasiment ce que je veux, seulement je le dis d'une manière différente. C'est vrai, que je ne peux pas dire « ça c'est de la merde ». D'une part, parce que je l'ai déjà fait il y a 10 ans, c'est toujours la même chose. D'autre part parce que l'époque s'y prête moins, et donc, soit je dis « lisez le Virus Informatique », soit je trouve des phrases pour dire que c'est pas aussi bien que ce que le constructeur voulait faire. En plus en disant la vérité, tu peux heurter des gens involontairement. Ca te ramollis un peu. Heureusement, car si j'étais resté aussi combatif, il n'y aurait pas de place pour toi.
Virus: bon tu me donnes 200.000 F en petites coupures et on épargne tes magazines dans notre prochaine revue de presse. Merde, le magnéto tourne toujours !


Carali n'a jamais arrêter de dessiner depuis Hedogiciel: il a été de l'aventure Micro News, avant de relancer son propre magazine, le Psikopat. Et comme il nous fait le plaisir d'illustrer également le Virus, on va lui poser des questions gentilles.

Virus: comment tu es arrivé à Hebdogiciel ?
C.: je bossais à Charlie Hebdo première formule dans les années 80. Quand ça s'est arrêté, j'avais du temps. Un mec, Gérard Ceccaldi, qui était féru du style Charlie Hebdo, voulait faire la même chose en informatique. Il est venu me trouver, j'ai accepté.
Virus: au début tu n'étais donc pas spécialement accro d'informatique ?
C.: non, pas du tout. Et je ne le suis toujours pas d'ailleurs. Ce n'est pas vraiment mon monde. Je me suis retrouvé la dedans parce que j'aime bien travailler avec des gens avec lesquels j'ai un feeling. Et avec ce mec là, ça collait bien. Il m'a demandé de bosser pour son canard, je l'ai fait. Je ne suis pas beaucoup plus connaisseur en informatique maintenant qu'à l'époque.
Virus: tu as un ordinateur aujourd'hui. D'après tes dessins, je suppose qu'il s'agît d'un Mac ?
C.: oui, gagné. A quoi tu as vu ça ?
Virus: tu ne dessines que des Mac, ils ont une forme particulière. A l'époque tu n'avais pas cette machine. Comment tu faisait pour caser du vocabulaire technique dans tes dessins ?
C.: je m'y connais un peu plus maintenant, je me suis informé. Mais il est vrai qu'à l'époque surtout quand j'avais besoin de termes techniques, je demandais aux mecs qui s'y connaissaient.
Virus: ce n'était pas trop dur de dessiner autant pour un hebdomadaire ? Surtout que tu gribouillais sur toutes les pages...
C.: ça l'était au début. Mais en fait, j'ai toujours travaillé dans l'urgence. A Hebdogiciel, le bouclage se faisait et ils me laissaient plein de trous. Et j'avais très peu de temps pour faire plein plein de petits dessins. Je passais une journée par semaine sur place. Il y avait parfois le coursier qui venait s'asseoir dans mon bureau pour attendre que j'ai fini et « ramasser les copies ». Je terminais les dessins à la bourre. Et puis, avec le feu au cul les idées viennent plus facilement. C'est une question d'habitude.
Virus: allez hop, comme tout le monde, une anecdote pour terminer ?
C.: non, rien. Ah si. Il y avait un dessinateur de BD qui s'est pointé, un grand baraqué dont je tairais le nom, et qui s'est précipité sur le directeur du magazine pour lui casser la gueule. Il y a eu une grosse bagarre dans la boite.




Stéphan Schreiber fait lui aussi toujours partie du milieu de la presse spécialisée. Il est aujourd'hui secrétaire de rédaction chez PC Mag Loisirs, après un long passage chez PC Team.

Virus: t'es arrivé comment chez Hebdogiciel ?
S.S.: par hasard, en fait j'étais lecteur, et j'ai vu un jour dans les petites annonces qu'il recherchait du monde. Donc, je me suis présenté, j'ai fait un essai : faire un article, sur un sujet que j'avais à la maison. On a été trois à être retenus : Mathieu Brisou, Cyrille Baron et moi-même.
Virus: le travail à l'HHHHebdo, ça se passait comment ?
S.S.: assez bien en fait. Ce qui était étonnant, c'était que quand on lisait le canard de l'extérieur, ça paraissait hyper cool et en fait, de l'intérieur c'était quand même assez sérieux. L'ambiance était sympa-délirante mais ça bossait de manière très sérieuse. C'était une ambiance d'hebdomadaire également, donc, on avait pas trop le temps de déconner.
Virus: étonnant ! D'autres m'ont parlé d'une sale ambiance. C'était assez tendu paraît-il ?
S.S.: une sale ambiance? En fait, il y avait effectivement deux ou trois personnes, qui étaient un peu plus tendues que les autres, à la direction notamment. Mais je ne trouve pas que l'ambiance était vraiment sale. Un peu tendue c'est vrai, mais je ne dirais pas que c'était une sale ambiance.
Virus: tu as subit comment la disparition d'HHHHebdo?
S.S.: on était en vacances quand la décision d'arrêter était prise. Je me souviens, je suis rentré de voyage et j'ai trouvé à la maison une lettre qui disait globalement : « ce n'est pas la peine de revenir au bureau, il n'y a plus de bureau ». Sans autres explications.
Virus: zut ma fiche! D'autres questions ... Ca va venir, ça va venir (NDLR: t'es impuissant ou quoi !!!)
S.S.: vas-y, vas-y! (NDLR: hé les gros PD, là on arrête...)
Virus: ah la revoilà. Après HHHHebdo très saignant, tu as notamment travaillé pour PC Team, réputé pour sa grande générosité lors de la notation des jeux.
S.S.: ben oui, le marché a changé aussi, le milieu a changé, ce n'est plus la même chose, c'est beaucoup moins amateur, donc forcément ça a évolué. Même Joystick qui a gardé un petit peu, par l'intermédiaire de Cyril, le ton Hebdogiciel, n'a plus la même verve, n'a plus la possibilité de descendre les jeux, comme il le voudrait.
Virus: t'expliques ça comment ?
S.S.: si tu compares la taille, la puissance financière d'un Infogrames d'aujourd'hui par rapport à un Infogrames d'il y a 10 ans, c'est plus du tout pareil.
Virus: les pressions sont à quel niveau? Ce n'est pas parce que tu dis qu'un jeu est mauvais que tu auras un procès?
S.S.: non bien sûr. Ce n'est même pas qu'il y a des pressions. Pour éviter tout dérapage, c'est souvent au niveau des directions des magazines qu'on préfère éviter de se fâcher avec un éditeur particulier. Plus ils sont gros, moins on veut se fâcher avec eux. J'ai jamais entendu parler d'un éditeur qui foute le bordel dans une rédaction, honnêtement je n'ai jamais entendu ça.
Virus: pour finir, t'as des révélations à faire ?
S.S.: oui, cela va me soulager. En fait quand je suis arrivé, on m'a demandé de faire un article de test. Cet article je l'ai tout simplement repompé, quasiment mot pour mot dans le numéro d'avant d'Hebdogiciel. Je suis arrivé avec et on m'a embauché. Je n'ai jamais su si on ne s'en est rendu compte, ou si on avait apprécié mon culot. Toujours est-il que c'est comme ça que j'ai débuté : par une grosse arnaque.


On va finir par croire que l'ancienne équipe de l'HHHHebdo a pris le contrôle de toute la presse informatique. Cyrille Baron n'a pas été non plus très difficile à trouver. Il est aujourd'hui Rédacteur en Chef de Joystick. (NDLR : avec un « y »)

Virus: vous aviez des méthodes particulières de travail pour avoir autant d'informations « indiscrètes ».
C.B.: comme je suis arrivé vers la fin, j'ai bénéficié de l'aura de l'HHHHebdo. Très souvent les mecs nous contactaient directement. C'était comme au canard enchaîné, t'avais des mecs qui voulaient pas être cités, qu'appelaient pour balancer, «oui, j'ai appris un scandale, je peux vous fournir des preuves». Pis nous on compilait tout ça, on regardait, on recoupait les infos, etc. C'est vrai qu'à l'époque, c'était un tel bordel l'informatique, que pour trouver des trucs rigolos à raconter, y avait qu'à se baisser. Fallait être pas trop con, tu regardais deux communiqués de presse, tu réfléchissais un peu, et puis, en général il y avait une embrouille à la clef.
Virus: tu trouves que cela s'est amélioré aujourd'hui ?
C.B.: ah oui, c'est beaucoup plus pro! Il n'y a pas de petites embrouilles comme il y avait à l'époque. Même de grosses embrouilles, parce que les trucs sont à un autre niveau. Bon, y a Bilou qui force les gens à utiliser Internet Explorer, ce genre de truc quoi, mais bon c'est quand même de très très hautes sphères.
Virus: cela t'es déjà arrivé de te faire censurer chez Hebdo ou pas ?
C.B.: non. Le seul truc, c'est qu'il fallait bétonner. C'était un canard: c'était pas seulement faire des vannes et mettre des gros mots, il fallait pouvoir prouver ce qu'on avançait.
Virus: et aujourd'hui, à Joystick, tu as l'impression d'être aussi libre ou pas ?
C.B.: ouais, complètement.
Virus: aucune pression, que ce soit de ta hiérarchie ou des éditeurs ?
C.B.: si si, mais je les envoie chier. Ca fait mal, mais je suis super têtu et parce que l'on peut se le permettre aussi, tout bêtement. C'est vrai que Joystick, c'est un canard de plus en plus solide, quand je suis arrivé, j'ai vraiment bossé là dessus en premier. Nous rendre incontournable, pour justement, être beaucoup plus libre.
Virus: pour finir, tu as envie de dire quelque chose ?
C.B.: il y avait une ambiance de merde à Hebdogiciel.


Enfin, j'ai rencontré Dieu sur Internet

Gérard Ceccaldi était le chef de la bande. Après ses méfaits, celui-ci a préféré se mettre au vert et s'éloigner de la capitale. Nous lui avons posé donc nos questions via Internet.


G.C.: d'abord, l'HHHHebdo c'est très loin, très vieux, 10 ans ou presque, j'ai oublié et ça me fait chier qu'on me pose toujours les mêmes questions. J'espère que les tiennes sont bonnes...
Virus: date du premier numéro ?
G.C.: je ne sais plus, 1983 je crois. Je ne me souviens précisément que de son numéro : le 1.
Virus: comment t'es venu l'idée ?
G.C.: j'avais écrit un bouquin de programmes pour TI-99 qui s'était vendu comme des petits pains au beurre et qui en avait mis énormément dans mes épinards (du beurre).
Virus: d'où venait le pognon ?
G.C.: du bouquin en question. Autofinancement à 100%.
Virus: quelle était ton expérience de la presse ?
G.C.: je savais me lécher élégamment l'index droit avant de tourner les pages d'un journal.
Virus: comment avez-vous fait pour lancer le magazine ?
G.C.: on a fait un tout petit lancement en distribuant des grands prospectus (format tabloïd de la une du numéro 1) sur le parvis du Sicob, puis on l'a mis en kiosque et on a prié. Et ça a marché: 15.000 exemplaires dès les premiers numéros. Faut dire que pour nos prières on avait choisi un Dieu particulièrement efficace : Bacchus.
Virus: d'où venait les premiers listings ?
G.C.: justement, c'est là que réside le nœud de la chose. Des programmes, il n'y en avait nulle part et presque personne ne savait programmer. D'où l'intérêt d'un journal de programmes et la galère sans fin pour trouver les 15 programmes des 15 machines différentes des premiers numéros. En gros, j'ai visité tous les salons et tous les clubs informatiques, contacté tous les importateurs d'ordinateurs, engagé tous les petits cons se disant programmeurs de génie et tous les vieux débris se prétendant programmeurs chevronnés et j'ai surtout beaucoup adapté mes programmes de TI-99 sur les autres machines.
Virus: pourquoi y a-t-il eu un changement de ton assez soudain à la fin de la première année ?
G.C.: tu imagines un journal qui ne contient que des listings, rien que des listings ? Et un hebdo, par-dessus le marché ? Au bout d'un an, on s'emmerde, 52 numéros bourrés de putains de listings ! Le rédactionnel s'est donc imposé et, comme les margoulins étaient déjà là, nous sommes partis en guerre contre les importateurs inaptes et les gros et gras grossistes. La pseudo-défense du consommateur avec un idée bien précise : se marrer comme des baleines.
Virus: combien as tu eu de procès ? Gagnés ? Perdus ? Contre qui le plus souvent ?
G.C.: pas énormément, une vingtaine, si ma mémoire est bonne. Un seul procès perdu, pour atteinte à la vie privée du PDG de Commodore. Ce brave homme avait trois problèmes : c'était notre tête de turc du moment, la gangrène à un pied (véridique !) et une directrice de la communication nymphomane qui parlait trop. Nous avons été condamnés à ne pas faire de retirage du journal et à ne vendre que ceux qui étaient en kiosque, condamnation pas très gênante pour un hebdo qui ne retire jamais aucun numéro ! Dois-je préciser que le juge des référés était toujours le même et qu'il lisait l'hebdo ?
Virus: combien de ventes chaques semaines ?
G.C.: 15.000 au début, 80.000 en pleine gloire, 30.000 en pleine déconfiture.
Virus: pas trop dur de faire un hebdomadaire ?
G.C.: très dur. Très très duuuuuuur. 15 heures par jour, 7 jours sur 7. Sans PAO. L'horreur.
Virus: comment faisiez-vous pour sortir toujours quelque chose ?
G.C.: l'actualité pendant les deux premières années était très riche, tous les importateurs de gadgets nous présentaient LEUR babasse ressemblant vaguement à un ordinateur, l'édition de logiciel était en friche et puis il y avait déjà les sempiternels tableaux comparatifs sans lesquels la presse informatique ne serait que ce qu'elle est : un gros catalogue publicitaire sans intérêt. Ensuite, quand une grosse partie des prétendus ordinateurs du moment sont partis au placard, nous avons commencé à ramer pour trouver des sujets, c'est d'ailleurs en partie à cause de cette séance d'avirons hebdomadaire que nous avons arrêté.
Virus: ta bécane préférée ?
G.C.: à l'époque Mac, aujourd'hui Mac.
Virus: la pub ne te gênait pas trop ?
G.C.: jusqu'à ce qu'on commence à battre de l'aile, il n'y avait pour ainsi dire pas de pub dans le journal.
Virus: dernier numéro et date de fin ?
G.C.: aucune idée. 1986 ? (NDRC: perdu, 1987)
Virus: pourquoi HHHebdo s'est arrêté ? La vérité!
G.C.: comme je te le disais tout à l'heure, nous avons commencé par vendre 15.000 exemplaires la première année. La deuxième année nous avons dû avoir des ventes moyennes de 60/65.000 exemplaires avec des pointes à 80. Pour faire le journal, nous étions une quarantaine. Quand les ordinateurs ont commencé à disparaître les uns après les autres, tués par Amstrad (la star du moment) nous sommes descendu à 30 ou 35.000 exemplaires. Et avec 35.000 exemplaires à 10 ou 12 balles, tu ne fais pas vivre 40 personnes.
Virus: ouais mais les 40 personnes ne s'occupaient pas du journal. Y avait le club, etc etc. G.C.: le club, c'était pour faire chier les gros et gras grossistes pas pour s'en foutre plein les fouilles.
Virus: pourquoi ne pas avoir confié le bébé à l'équipe ?
G.C.: désolé de te décevoir, mais l'équipe en question n'était constitué que de 4 personnes : Michel le rédacteur en chef en second 3/4, Benoite la terreur de la maquette, Martine la virtuose de la typo et ma pomme. Ceux-là travaillaient normalement leur 15 heures par jour et étaient encore là à 4 heures du mat' le jour du bouclage. Les 36 autres ne venaient «que» pour travailler. Et comme ces 4 personnes là n'avaient pas envie de continuer et que c'était mon bébé à moi perso, il n'avait qu'à se faire leur journal à eux, l'équipe. Non, sans rigoler, c'était plus viable, point final.
Virus: un mensuel 100% rédactionnel n'aurait pas pu succéder à HHHHebdo de façon viable ? G.C.: peut-être mais on en avait marre de bosser comme des malades depuis trois ans. Tu es trimestriel et tu me pompes l'air pour savoir pourquoi on a arrêté ?



Virus: et le Club dans tout ça ?
G.C.: ben quoi, le club ? On vendait des softs moins chers que les autres simplement en les achetant au même prix mais en faisant des marges normales, pas des marges de 200% comme il était de mise à l'époque.
Virus: tu était revendeur des éditeurs. Cela leur faisait gagner du blé. Et pendant ce temps, tu tapais dessus. Paradoxe ?
G.C.: aucun paradoxe, ils ne voulaient normalement pas nous vendre leurs produits et nous allions normalement les acheter ailleurs, en Angleterre, pour être précis.
Virus: tu les aider quand même indirectement a gagner du blé ?
G.C.: Si tu veux. Et c'est tu les AIDAIS.
Virus: tes relations avec eux se sont améliorées ou tu t'es vraiment éloigné ? Je veux dire, il n'y en a pas qui sont devenus tes amis par la suite ?
G.C.: je n'avais pas de relations pendant, je n'en ai pas maintenant.
Virus: As-tu une anecdote amusante à raconter ?
G.C.: non, tout a été publié dans l'hebdo. Attends, si : monsieur Gates et madame Jobs ont un fils, quel est son prénom ?
Virus: j'ai demandé une anecdote pas une devinette.
G.C.: Choron m'a tapé 10.000 balles quand je suis allé l'interviewer et cet enfoiré ne me les a jamais rendu.
Virus: tu fais quoi aujourd'hui ?
G.C.: de l'informatique, qu'est-ce que tu veux que je fasse ? J'adore ça. Je bidouille sur Internet, comme tout le monde. D'ailleurs, comme vous avez eu le gentillesse de m'inviter à votre émission, mon cher Artur, j'adore ce que vous faites, c'est génial cette idée des enfants de la télé, on rigole, mais c'est pas tout de déterrer les vieilles gloires, faut aussi que je vende ma salade qui est dans les bacs de tous les bons disquaires, surtout les vieux, vous me retrouverrez donc sur 3615 ceccaldi, sur 36 68 12 34 et bien sûr sur Internet http://www.ceccaldi.fr, n'oubliez pas votre carte bleue.
Virus: que penses-tu de l'informatique d'aujourd'hui ?
G.C.: houla. C'est un article que tu veux, là ? Tu me donnes combien de pages ? Il te le faut pour quand ? Combien tu payes ? En gros : tirage par le bas insupportable de Gates, affolement injustifié d'Apple, le retour de Jobs à mourir de rire, éviction malheureuse du Be de Gassée, seul espoir de progrès. Internet et Java nous ramène dix ans en arrière. Incompétence généralisée à tous les niveaux, du fabricant au revendeur. Bourrage de crâne et totale désinformation de l'utilisateur final, qu'il soit neuneu ou Power User. Sabotage d'internet par France Télécom. Et surtout : tout le monde court et plus rien ne marche, l'informatique, ce n'est plus de la merde, c'est un incommensurable bordel dans lequel plus personne n'a la main.
Virus: Wouah, tu suis bien l'actu pour un « vieux ».
G.C.: tu sais ce qu'il te dit, le vieux, petit con ?
Virus: euh... tu lis quoi comme canard ?
G.C.: internet.
Virus: HHHHebdo te manque ? Des regrets ? Si c'était à refaire, tu changerais quoi ?
G.C.: l'hebdo, non. Ecrire des conneries, oui (NDLR: et là, c'est quoi?). Pas de regrets, aucun changement.
Virus: on nous a parle a plusieurs reprises d'une mauvaise ambiance. Tu confirmes ?
G.C.: tu ne peux pas savoir le nombre de mecs qui disent avoir travaillé à l'hebdo et dont je ne connais même pas le nom. Ces bruits viennent peut-être de là ou alors de la propension que j'avais à virer les fainéants et les mauvais, pratique de moins en moins usitée en ces jours molassons...
Virus: tu as quelque chose a ajouter ? (j'inventerai la question après en fonction)
G.C.: pour Bill Gates, il vaudrait mieux que ça ait l'air d'un accident, n'oublions pas qu'il est copain avec Chirac maintenant.



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